★★★★★, Critiques de Films

[Critique] Dunkerque

Au début de la Seconde Guerre mondiale, en mai 1940, environ 400.000 soldats britanniques, canadiens, français et belges se retrouvent encerclés par les troupes allemandes dans la poche de Dunkerque. L’Opération Dynamo est alors mise en place pour évacuer les troupes britanniques vers l’Angleterre. L’histoire de Dunkerque s’intéresse aux destins croisés des soldats, pilotes, marins et civils anglais durant l’opération.

Passé maître dans l’art du drame fantastique avec des films comme Le Prestige, Inception ou encore Interstellar, le réalisateur Christopher Nolan s’attaque cette fois – avec Dunkerque – au film de guerre, un genre toujours périlleux tant chaque nouveau long-métrage souffre indéniablement de la comparaison avec les nombreuses références précédentes (Apocalypse Now, La Ligne Rouge, Platoon, Il faut sauver le soldat Ryan…).

Fort heureusement, fidèle à ses bonnes habitudes, le cinéaste britannique ne se contente pas uniquement d’appréhender le genre, il se l’approprie littéralement pour le transcender. Il en découle ainsi une œuvre magistrale, dépassant le simple film de guerre pour s’imposer comme une formidable histoire de survie, une expérience cinématographique intense et incroyablement immersive. Une expérience rendue possible par les différents partis pris de Nolan. Si ce dernier conserve son réalisme exacerbé, sa narration sensible au temps et sa bande originale dantesque (une nouvelle fois signée Hans Zimmer), il opère néanmoins de véritables choix, qui risquent grandement de diviser, dans son traitement du sujet. Le plus évident d’entre eux est certainement l’absence de développement dramatique des personnages. Un parti pris risqué, et tout à fait discutable, qui compense le manque d’attachement émotionnel à l’égard des protagonistes par une immersion accrue. En faisant des héros de son film des hommes parmi tant d’autres, plongés dans l’enfer de Dunkerque pour différentes raisons, Nolan retranscrit effectivement la guerre dans ce qu’elle a de plus impersonnel. Un sentiment également renforcé par l’invisibilité de l’ennemi, menace bien réelle mais imperceptible.

Soucieux de ne pas s’éparpiller, et ainsi risquer de perdre en immersion, le réalisateur épure aussi au maximum ses dialogues, se contentant de leur strict usage fonctionnel. Un choix là aussi radical mais qui n’empêche pas pour autant le film d’être doté d’une certaine profondeur, comme lors de cette scène avec Harry Styles dans la cale inondée d’un bateau essuyant les tirs ennemis. Si cette épure narrative a du bon, elle implique toutefois un défi de taille : celui de tout faire passer par l’image et le son. Un défi brillamment relevé par Christopher Nolan, le cinéaste joignant à sa mise en scène rythmée un montage jouant habilement sur le temps et la spatialisation (terre, air et mer). Un angle pouvant aisément être qualifié de superflu mais qui trouve, au contraire, son intérêt dans le suspense et l’intensité qu’il véhicule. D’autant plus que les images saisissantes que Nolan nous offre sont renforcées par la BO, certes pas mémorables, mais efficaces de Hans Zimmer. De manière générale, le travail sur le son s’avère d’ailleurs particulièrement admirable, chaque cri, détonation ou coup de feu participant à l’immersion dans le film. Enfin, même si les acteurs ont peu d’épaisseur dramatique à faire valoir, ils se révèlent tout de même extrêmement convaincants, de Mark Rylance à Fionn Whitehead, en passant par Cillian Murphy, Tom Hardy ou encore Kenneth Branagh.

Au départ d’une histoire plutôt simple (l’évacuation des troupes britanniques de Dunkerque en 1940), Christopher Nolan délivre donc un film de guerre absolument remarquable, dont la beauté formelle n’a d’égal que l’épure narrative. Véritable expérience de cinéma, tant sur le plan émotionnel que sensoriel, Dunkerque s’impose comme une œuvre immersive, haletante et profondément humaine. Un des meilleurs films de l’année, sans aucun doute !

À propos de Wolvy128

Créateur et rédacteur en chef du site. Passionné de cinéma depuis mon plus jeune âge, je profite de ce blog pour partager ma passion au quotidien.

Discussion

10 réflexions sur “[Critique] Dunkerque

  1. Définitivement un des meilleurs films de l’année 😉 je valide cette critique !

    Publié par cinemathequedeclelia | juillet 20, 2017, 5:08
  2. Je me joins aux louanges. Du grand Nolan en effet qui, comme tu le soulignes dans ton papier, parvient grâce à son parti pris radical à s’écarter de toute comparaison avec ses prédécesseurs du genre (tout au plus pourrait-on relier le dispositif sans fioriture à la séquence de débarquement de « Saving Private Ryan »). Superbe.

    Publié par princecranoir | juillet 20, 2017, 5:22
    • Son parti pris risque de diviser mais il permet de proposer une véritable expérience de cinéma, différente de ce qu’on a l’habitude de voir. C’est peut-être ça la force de Nolan finalement, offrir des expériences quasiment uniques à chaque film.

      Publié par Wolvy128 | juillet 20, 2017, 5:26
  3. J’ai bien envie de le voir !

    Publié par lartdeflaner | juillet 21, 2017, 7:43
  4. Alors je suis d’accord que le film est super soigné, avec de vrais choix d’auteur assumés, je trouve tout cela cohérent mais je me pose une question (ce n’est pas une critique, c’est vraiment une question 🙂 ) : à quoi ça sert de faire ces narrations sur 3 temporalités différentes ?

    Publié par misterniku | juillet 21, 2017, 7:44
  5. J’ai complètement adoré ce film et pourtant je n’ai pas l’habitude de regarder des films de guerre. Comme tu le dis parti pris risqué mais c’est ce qui rend le film mémorable : on ressent toute la tension et la peur vécue par les soldats. Et certains moments de surprises ne sont pas là juste pour faire gadget. Tout est bien pensé. Bon, il parait qu’il y a des anachronismes, mais au final c’est toujours difficile de faire un film historique 100% fidèle

    Publié par BacktoChristina | août 6, 2017, 7:16
    • Ça reste de la fiction, donc jamais 100% fidèle effectivement. Si on passe tous les films « historiques » à la loupe, je pense qu’on trouvera toujours quelque chose à redire.

      Publié par Wolvy128 | août 6, 2017, 2:46

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :