★★★★☆, Critiques de Films

[Critique] Le Mans 66

Basé sur une histoire vraie, Le Mans 66 (Ford v. Ferrari en VO) suit une équipe d’excentriques ingénieurs américains, menés par le visionnaire Carroll Shelby (Matt Damon) et son pilote britannique Ken Miles (Christian Bale), qui sont embauchés par Henry Ford II (Tracy Letts) pour construire à partir de rien une nouvelle automobile qui doit détrôner la Ferrari à la compétition du Mans de 1966.

Que les spectateurs les moins friands de courses automobiles se rassurent immédiatement, si Le Mans 66 évolue bel et bien dans le milieu automobile, l’intérêt du film réside toutefois davantage dans la relation entre ses deux personnages principaux. A travers leur folle épopée, James Mangold livre effectivement un long-métrage profondément humain, confrontant habilement la passion à l’économie, les apparences à la réalité, l’image à la communication. Guidés avant tout par leur amour de la course, les deux hommes ont la lourde tâche de parvenir à imposer leur savoir-faire « artisanal » au sein d’un environnement « industriel ». Certes, les deux camps sont animés par un même but, construire une voiture capable de vaincre Ferrari au Mans, mais les motivations derrière ce but ne pourraient pas plus différer. Là où les industriels Ford voient une occasion en or d’asseoir encore un peu plus leur position capitaliste dominante, le constructeur et son pilote perçoivent, quant à eux, une opportunité de marquer durablement l’histoire du sport automobile. Plus que l’affrontement entre Ford et Ferrari, c’est ainsi surtout cette opposition complexe que le film aborde. Avec une efficacité redoutable puisque, malgré une construction narrative relativement balisée, le récit s’avère palpitant.

En extrapolant, on pourrait d’ailleurs facilement étendre le propos, et les personnages, à d’autres sphères que celle de la course automobile. La plus évidente est certainement le cinéma (et plus particulièrement Hollywood), où le réalisateur – l’artisan – doit généralement composer avec le studio – l’industrie – pour défendre son film, et ses choix de casting, face aux enjeux économiques. Le parallèle est sans doute un peu facile, et la réflexion certainement un peu naïve, mais il n’empêche que le long-métrage fonctionne admirablement bien. Il faut dire que les acteurs livrent tous un travail assez remarquable. Si Christian Bale se montre une nouvelle fois impressionnant de naturel dans la peau de cette tête brûlée au cœur tendre, Matt Damon délivre à ses côtés une performance de premier ordre, tout à la fois drôle et touchante. C’est peu de dire que les deux comédiens affichent une belle complicité. Enfin, le film séduit également par sa dimension technique éblouissante, symbolisée ici par une mise en scène enlevée, un montage efficace et un mixage sonore fantastique. Autant d’éléments qui contribuent à renforcer l’immersion dans l’histoire, en particulier lors des séquences de courses, incroyables d’intensité.

Avec Le Mans 66 (Ford v. Ferrari en VO), James Mangold signe donc un biopic fascinant, porté par deux acteurs complètement habités. Plus que l’affrontement entre Ford et Ferrari, le film traduit surtout l’amour du sport automobile et l’approche romantique des passionnés qui le pratiquaient à l’époque. Une œuvre exaltante, à la fois spectaculaire et profondément intime.

À propos de Wolvy128

Créateur et rédacteur en chef du site. Passionné de cinéma depuis mon plus jeune âge, je profite de ce blog pour partager ma passion au quotidien.

Discussion

4 réflexions sur “[Critique] Le Mans 66

  1. J’en sors à l’instant et j’adhère totalement à ta critique. Même si je n’aime pas du tout le monde automobile, j’ai passé un excellent moment. C’était rythmé, intense et particulièrement bien interprété (outre le duo Bale-Damon, j’ai à nouveau adoré Noah Jupe).
    Un très bon cru pour cette fin d’année, ça fait plaisir !

    Publié par cinemathequedeclelia | novembre 16, 2019, 9:16
  2. Complètement d’accord avec ta critique, c’est un super biopic. Parfait mélange comédie/drame, ponctué de scènes de course spectaculaires, qui donnent au film un rythme nickel (j’ai pas vu une seule longueur sur 2h30). Matt Damon et Christian Bale sont excellents, tout comme le reste des acteurs. Un film sur la véritable passion pour les voitures de course, et dont la réflexion pourrait même s’étendre à d’autres médiums.

    Publié par Kazura | novembre 24, 2019, 6:31
    • Content de te revoir de passage ici Kazura ! Et content également de constater que nous sommes sur la même longueur d’ondes sur ce biopic. Une excellente surprise, je ne m’attendais pas à un si bon film. Avec le recul, je ne lui trouve d’ailleurs que peu de défauts.

      Publié par Wolvy128 | novembre 24, 2019, 7:20

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