★★★★☆, Critiques de Films

[Critique] Le Grand Jeu

En 2004, la jeune Molly Bloom (Jessica Chastain) débarque à Los Angeles. Simple assistante, elle épaule son patron qui réunit toutes les semaines des joueurs de poker autour de parties clandestines. Virée sans ménagement, elle décide de monter son propre cercle : la mise d’entrée sera de 250.000 dollars ! Très vite, les stars hollywoodiennes, les millionnaires et les grands sportifs accourent. Le succès est immédiat et vertigineux. Acculée par les agents du FBI décidés à la faire tomber, menacée par la mafia russe souhaitant faire main basse sur son activité, et harcelée par des célébrités inquiètes qu’elle ne les trahisse, Molly Bloom se retrouve prise entre tous les feux…

Pour son tout premier passage derrière la caméra, le scénariste américain Aaron Sorkin (The Social Network, Steve Jobs, Le Stratège, Des Hommes d’Honneur) s’empare avec brio de la formidable histoire vraie de Molly Bloom pour délivrer un thriller dramatique absolument passionnant. Toujours aussi incisif et percutant dans ses dialogues (ou monologues), il nous cueille d’entrée de jeu avec une ouverture croustillante, offrant déjà à Jessica Chastain l’opportunité de briller rien qu’avec son débit de parole élevé. Il en sera ainsi pendant plus de 2 heures, le film regorgeant d’échanges verbaux finement écrits, tout à la fois tranchants et pertinents. D’un rythme implacable, le récit se vit sans le moindre temps mort, bien aidé par un montage éclaté se révélant particulièrement habile dans sa façon de créer du lien entre les séquences. Si la trame générale de l’histoire est plutôt classique, abordant successivement l’ascension, la chute puis la rédemption du personnage, le scénario s’avère toutefois suffisamment fouillé que pour intéresser un large public. En outre, Aaron Sorkin a également la bonne idée de ne pas s’attarder plus que nécessaire sur le poker, se contentant de vulgariser le jeu et dépeindre l’univers sans pour autant en faire le sujet de son long-métrage.

Diablement efficace, le script n’a finalement qu’une seule véritable faiblesse, celle d’accorder trop peu d’épaisseur dramatique à ses seconds rôles. Même Idris Elba, qui dispose pourtant de très belles scènes, peine ainsi à exister aux côtés de Jessica Chastain. Un défaut qui n’en est pas vraiment un tant il permet à l’actrice américaine d’exprimer tout son talent. Incroyablement charismatique, la comédienne crève en effet littéralement l’écran dans ce rôle de femme forte, dévoilant, lors de courts instants, une vulnérabilité désarmante. A ce titre, bien que psychologiquement saugrenu, son échange final avec Kevin Costner fait d’ailleurs certainement partie des plus touchants du film. De quoi justifier la présence d’un acteur de cette trempe pour incarner le père de l’héroïne. Pour conclure, on regrettera par contre la mise en scène sans envergure de Sorkin. Malgré son élégance, celle-ci se révèle effectivement bien trop classique, ne parvenant jamais à transcender un récit qui n’attendait que ça que pour véritablement marquer les esprits. Espérons que le nouveau venu en réalisation progresse rapidement si jamais il décide de réitérer l’expérience car il reste définitivement un scénariste incomparable.

Avec Le Grand Jeu, Aaron Sorkin signe donc un premier film convaincant. Si le célèbre scénariste américain manque encore un peu de bouteille à la réalisation, il n’a en revanche rien perdu de son talent d’écriture, délivrant à nouveau des échanges verbaux remarquables d’intensité et de pertinence. Emmené par une Jessica Chastain impériale, le film se vit sans le moindre temps mort. Un vrai régal !

À propos de Wolvy128

Créateur et rédacteur en chef du site. Passionné de cinéma depuis mon plus jeune âge, je profite de ce blog pour partager ma passion au quotidien.

Discussion

2 réflexions sur “[Critique] Le Grand Jeu

  1. En sortant, je me suis fait la même remarque que toi sur les rôles secondaires. Puis je me suis dit que l’intérêt de s’attarder sur ces joueurs invétérés, c’était justement de mieux comprendre le choix final de Molly de ne pas balancer les données. Cela permettait d’humaniser et de nuancer tous ces personnages, et de donner plus d’épaisseur aux enjeux (morale, éducation, humanité).
    Je suis sinon globalement d’accord avec ta critique, j’ai trouvé qu’il y avait un peu trop de voix off.

    Publié par misterniku | janvier 14, 2018, 1:14

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