★★★★☆, Critiques de Films

[Critique] Silence

4-étoiles

affiche-silenceXVIIème siècle, deux prêtres jésuites (Andrew Garfield et Adam Driver) se rendent au Japon pour retrouver leur mentor, le père Ferreira (Liam Neeson), disparu alors qu’il tentait de répandre les enseignements du catholicisme. Au terme d’un dangereux voyage, ils découvrent un pays où le christianisme est décrété illégal et ses fidèles persécutés. Ils devront mener dans la clandestinité cette quête périlleuse qui confrontera leur foi aux pires épreuves.

Réalisé par Martin Scorsese, 3 ans après l’excellent Le Loup de Wall Street, Silence est une adaptation du roman de Shūsaku Endō, déjà porté à l’écran en 1971 par Masahiro Shinoda. Bientôt 30 ans après La Dernière Tentation du Christ, le cinéaste américain se replonge donc dans un questionnement autour de la foi, dans un long-métrage qui tranche avec ses dernières productions mais qui conserve son soin habituel.

Terriblement éprouvant, le film est un véritable périple intérieur qui interroge la nature même de la foi – ou plus généralement de la croyance – et notre perception de celle-ci, en la confrontant aux horreurs humaines les plus extrêmes. A travers l’histoire de ces deux prêtres, Scorsese met à l’épreuve nos convictions et nos choix de vie, dépassant ainsi largement le seul cadre de la religion. Dans une ambiance aussi lente que pesante, il superpose aux oppressions physiques des souffrances spirituelles, multipliant les plans lourds de sens pendant plus de 2h30. Difficile du coup de ne pas voir dans le parcours du duo religieux un voyage métaphysique tourmenté dans lequel la découverte d’un territoire inconnu renvoie inexorablement à une dimension plus psychologique, remplie d’incertitudes. Une approche exigeante qui se fait, d’une certaine façon, le reflet de notre propre société, sans cesse malmené par des croyances manquant cruellement d’ouverture. A ce titre, le dénouement final tout en tolérance est non seulement d’une formidable pertinence, mais également d’une grande sagesse.

photo-silenceSi la lenteur du projet, ainsi que sa durée conséquente, risquent de dérouter les spectateurs en manque d’action, force est tout de même de constater qu’elles relèvent d’un choix narratif tout à fait cohérent afin de nous plonger durablement dans l’expédition des personnages, et de nous amener, comme eux, à nous questionner sur le sens de nos convictions. Certes, le style est parfois un peu assommant, mais pas pour autant dénué d’intérêt dans l’optique d’afficher une certaine gravité dans le propos. De plus, malgré une réalisation de Scorsese plus sobre qu’à l’accoutumée (et c’est peu de le dire), celle-ci s’avère particulièrement soignée, offrant notamment des images d’une beauté renversante. Au-delà du travail admirable de Rodrigo Prieto sur la photographie, c’est surtout le cadrage et la composition des plans qui séduisent ici par leur ingéniosité. Enfin, le casting s’inscrit dans cette logique en livrant une partition sans la moindre fausse note, dont on retiendra principalement la performance remarquable d’Andrew Garfield. Quelques mois après Tu ne tueras point, l’acteur enchaîne une deuxième interprétation magistrale dans la peau d’un prêtre dont la dévotion n’a d’égal que la dignité.

Pour conclure, avec Silence, Martin Scorsese signe donc une œuvre aussi exigeante que passionnante. Exigeante car son rythme lent, son atmosphère pesante et la complexité de son propos la rendent difficilement accessible. Mais passionnante car lorsqu’on s’y abandonne, elle offre une réflexion extrêmement intelligente autour d’un sujet qui résonne malheureusement encore aujourd’hui. Un film éprouvant mais fascinant !

À propos de Wolvy128

Créateur et rédacteur en chef du site. Passionné de cinéma depuis mon plus jeune âge, je profite de ce blog pour partager ma passion au quotidien.

Discussion

8 réflexions sur “[Critique] Silence

  1. Ta dernière phrase résume bien le film ! Tellement éprouvant que j’ai eu du mal à le digérer.

    Publié par cinemathequedeclelia | février 17, 2017, 12:03
    • C’est vraiment pas un film qui ressemble à ce que Scorsese fait d’habitude mais j’ai trouvé le projet extrêmement cohérent. Et même sans être forcément sensible au sujet de la religion (et de tout ce qui en découle), le traitement est suffisamment intelligent que pour intéresser un large public (j’entends par là pas nécessairement croyant), pour autant toutefois que celui-ci ait envie de s’impliquer. Car oui, le film est exigeant. A mon sens, il faut impérativement le voir dans de bonnes conditions pour pouvoir l’appréhender au mieux. Puis Andrew Garfield quoi, impressionnant !

      Publié par Wolvy128 | février 17, 2017, 12:14
      • Je suis ne pas non plus très sensible au film portant sur la religion, c’est d’ailleurs ma compagne qui ma proposer de le voir. Et comme tu l’indique, cela touche un large public. Pendant le visionnement du film à plusieurs reprise je me demandais ce que j’aurai fait à leur place. La chose aussi étrange, c’est que ma compagne et moi-même n’avons pas su dire si nous avions aimé le film ou pas. Et finalement je me suis rendu compte que je repensais à celui-ci plusieurs jours après, j’ai compris que même si on n’apprécie pas spécialement ce genre de film à la base il n’en est pas moins intéressant et justement, pour moi un bon film et un film qui me marque même après l’avoir vu et qui me fait me poser des questions. Je pense que c’est un film à voir. Concernant Andrew Garfield, je suis pas spécialement fan, mais après avoir vu Silence et Tu ne tuera point, j’admet que c’est un très bon acteur avec un bon avenir devant lui.

        Publié par Anton | mai 4, 2017, 9:41
        • Si on s’y implique, c’est effectivement un film qui prête à réflexion. Il m’a aussi pas mal interpellé ! Plus que de la religion, c’est surtout de la croyance dont il traite. D’où son intérêt très large !

          Publié par Wolvy128 | mai 4, 2017, 10:42
  2. Je dois dire que tu as parfaitement cerné les intentions et les qualités du film. Je suis moins emballé par la prestation de Garfield mais il n’en reste as moins à la hauteur de la foi qu’il est censé incarner. Croyant ou pas, en effet, chacun peut y trouver son compte (à condition d’accepter de souffrir en compagnie des prêtres), notamment sur ce qui a trait à la conviction intime en opposition à la foi conquérante, dont les prétentieuses certitudes sont parfaitement remises en cause dans la seconde partie du film. Scorsese en profite pour montrer sa dévotion à l’image (la photo splendide de Pietro), autre forme de religion qu’a embrassée le New-yorkais depuis très longtemps maintenant. Un film qui a toute sa place dans sa filmo.

    Publié par princecranoir | février 17, 2017, 8:10
    • Totalement d’accord avec ton analyse sur la seconde partie, ce pan du film n’a fait que renforcer son intérêt. Je suis d’ailleurs étonné que certains détracteurs, ne voyant dans le long-métrage qu’une ode au christianisme, n’aient pas relevé cette remise en cause.

      Publié par Wolvy128 | février 17, 2017, 10:55
  3. Je suis d’accord avec ta critique 🙂
    Je me suis interrogé sur le titre, notamment sur les paroles finales de Dieu.
    Est-ce que c’était nécessaire qu’il entende Dieu ou cela n’aurait-il pas été plus fort de faire toute sa vie dans le Silence ?

    Publié par misterniku | février 17, 2017, 10:00

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