★★★★☆, Critiques de Films

[Critique] Sans un bruit

Retour aujourd’hui sur le film Sans un bruit (A Quiet Place en VO), un thriller d’épouvante de John Krasinski dans lequel il partage l’affiche avec l’actrice britannique Emily Blunt, sa femme à l’écran et à la ville. Concrètement, l’histoire prend place dans un futur post-apocalyptique et s’intéresse à une famille qui tente de résister à la menace de mystérieuses créatures attaquant au moindre bruit. Pour avoir une chance de survivre, enfants comme parents doivent donc parvenir à demeurer silencieux en toutes circonstances.

Investi dans la production, la réalisation et l’écriture, John Krasinski délivre avec Sans un bruit un film particulièrement abouti. D’abord sur le plan purement scénaristique puisque, sans éviter certaines facilités narratives, le script se révèle néanmoins d’une redoutable efficacité. Extrêmement épuré (l’ensemble dure à peine 90 minutes), celui-ci ne s’embarrasse en effet d’aucune fioriture, préférant aller à l’essentiel en installant rapidement les personnages et les enjeux. Pour autant, ces deux aspects ne manquent jamais de développement, l’un comme l’autre s’enrichissant de manière subtile tout au long du récit. Mais aussi sur le plan formel puisque la dimension technique s’avère absolument remarquable. Non seulement la mise en scène de Krasinski séduit immédiatement par sa capacité à distiller habilement des émotions puissantes, notamment à travers une superbe justesse du cadre et du montage, mais la photographie – signée Charlotte Bruus Christensen – impressionne également par son incroyable beauté, une qualité étonnante pour le genre mais nécessaire pour renforcer la sensation d’intimité et de proximité avec chacun des membres de la famille. Et que dire du fabuleux travail effectué sur le son (et même l’absence de son) si ce n’est qu’il confère à l’œuvre une aura singulière.

En parlant du son, si on pouvait légitimement craindre au départ un essoufflement du postulat initial, par ailleurs très original, il n’en est finalement rien, le long-métrage allant au bout de son concept sans jamais dévier de son approche intimiste. Une approche intimiste qui doit aussi beaucoup à la magnifique interprétation physique des acteurs. La parole étant réduite au strict minimum pendant 90 minutes, c’est effectivement davantage par leurs expressions et leurs regards que les protagonistes expriment leurs émotions. Et de quelle façon ! Outre Emily Blunt, toujours impeccable, c’est surtout ici John Krasinski et les enfants, Noah Jupe et Millicent Simmonds, qui impressionnent. Sourde dans la vie, cette dernière (aperçue l’an passé dans Le Musée des Merveilles de Todd Haynes) apporte d’ailleurs à son personnage une sincérité troublante. La relation touchante qu’elle développe avec son père fait assurément partie des plus grandes réussites du film. Enfin, au rayon des bémols, on notera tout de même l’utilisation de quelques ficelles, ou incohérences, visant à favoriser la fluidité du récit et à renforcer son rythme. Des défauts, certes bien réels, mais tout à fait mineurs tant ils n’entachent jamais l’expérience viscérale que propose le long-métrage.

Avec Sans un bruit, John Krasinski signe donc un thriller d’épouvante complet, tout à la fois prenant, anxiogène et émouvant. D’une grande justesse dans le montage et le cadrage, le film peut, en plus de son pitch efficace, s’appuyer sur un casting en tout point exemplaire. Une excellente surprise !

À propos de Wolvy128

Créateur et rédacteur en chef du site. Passionné de cinéma depuis mon plus jeune âge, je profite de ce blog pour partager ma passion au quotidien.

Discussion

2 réflexions sur “[Critique] Sans un bruit

  1. Même avis de mon côté ! Grosse claque alors que je n’aime vraiment pas les films d’horreur. Et on fermera les yeux sur les incohérences 😉

    Publié par cinemathequedeclelia | juillet 6, 2018, 5:28
    • Idem, je ne suis habituellement pas très friand de film d’horreur mais celui-ci m’a épaté. Il est abouti à plein de niveaux je trouve : réalisation, montage, photo, casting, scénario… Autant le côté anxiogène était forcément attendu, autant la dimension émotionnelle m’a agréablement surpris (plein de scènes déchirantes l’air de rien).

      Publié par Wolvy128 | juillet 6, 2018, 5:35

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