★★★☆☆, Critiques de Films

[Critique] Moonlight

3-étoiles

affiche-moonlightAdapté de la pièce de théâtre In Moonlight Black Boys Look Blue, de Tarell Alvin McCraney, Moonlight prend place dans les années 80, à Miami, et s’intéresse à trois moments de la vie de Chiron, un jeune homme qui se bat contre une vie familiale rude et sa sexualité naissante. Le film est signé Barry Jenkins et réunit un casting dont les uniques têtes d’affiche sont Naomie Harris et Mahershala Ali. Dans le rôle principal, on retiendra également les trois acteurs Alex R. Hibbert, Ashton Sanders et Trevante Rhodes.

Découpé en trois parties distinctes, s’intéressant à trois moments déterminants de la vie du héros (enfance, adolescence et âge adulte), Moonlight vaut surtout pour l’importance de son sujet. Rares sont effectivement les films qui traitent aujourd’hui de l’homosexualité dans la communauté noire, surtout dans un tel contexte. Et le long-métrage s’y attelle avec énormément de sincérité. Non seulement la démarche du réalisateur est incroyablement salutaire pour la cause, mais on sent également une véritable implication de sa part dans l’histoire. Pour autant, le traitement de celle-ci laisse néanmoins à désirer. Extrêmement mécanique dans son procédé de narration, le film se révèle assez inégal sur la durée, livrant, certes, quelques séquences de toute beauté, mais malheureusement enfouies sous d’interminables tunnels de dialogues. D’un point de vue purement scénaristique, on regrettera aussi le peu d’évolution du personnage principal. A l’exception du dénouement, qui laisse enfin poindre un potentiel revirement, Chiron est en effet terriblement passif, subissant inlassablement l’action, au grand dam des spectateurs. Difficile du coup de se passionner pour un parcours traité aussi platement.

photo-moonlightEn outre, si la thématique de l’acceptation de soi liée à la sexualité du héros trouve une conclusion dans le dernier acte du récit, d’autres sujets notoires comme la drogue ou le racisme, notamment, semblent par contre un peu abandonnés en cours de route. Malgré tout, le long-métrage se laisse suivre sans déplaisir et peut compter sur des personnages secondaires charismatiques pour rehausser son intérêt. Le plus impressionnant de tous étant certainement la mère de Chiron, superbement interprétée par Naomie Harris. Complètement méconnaissable, l’actrice anglaise marque les esprits à chacune de ses apparitions. Qu’elle remporte, ou non, une statuette aux Oscars dans quelques semaines, sa prestation habitée mérite en tout cas d’être saluée. Dans un style nettement plus sobre, Mahershala Ali se montre, lui aussi, particulièrement convaincant dans la peau d’un dealer faisant office de figure paternelle pour le jeune Chiron. Tandis que Andre Holland est bouleversant d’authenticité en ami d’enfance dans le dernier segment de l’histoire. Enfin, à l’instar du film dans sa globalité, la mise en scène de Barry Jenkins est relativement inégale, se révélant tour à tour banale et somptueuse.

En définitive, Moonlight s’avère donc être un drame infiniment nécessaire, mais largement surestimé. Malgré l’importance de son sujet, le film souffre d’un traitement beaucoup trop plat que pour captiver sur la durée. Il y a bien, ici et là, quelques scènes remarquables, mais elles sont malheureusement trop peu nombreuses que pour changer radicalement l’impression générale, plutôt moyenne.

À propos de Wolvy128

Créateur et rédacteur en chef du site. Passionné de cinéma depuis mon plus jeune âge, je profite de ce blog pour partager ma passion au quotidien.

Discussion

2 réflexions sur “[Critique] Moonlight

  1. J’suis moins d’accord avec toi que d’habitude 🙂
    Je trouve que la force principale du film tient justement de l’ellipse. Pas besoin d’aborder le racisme ou le deal : on le fait déjà suffisamment souvent dans beaucoup de films que l’on s’imagine très bien ce genre de considérations.
    Au contraire, il est intéressant de se centrer sur Chiron. Et comme Chiron est un être très intérieur (car il a justement du mal à extérioriser son lui), ça donne un film assez mutique qui se concentre sur l’essentiel. Les repères : ce père absent compensé par ce dealer au grand coeur, cette mère en détresse, ce meilleur ami ambivalent. J’ai vécu tout le film en m’imaginant être Chiron.
    Et on peut souligner aussi le soin apporté à la mise en scène avec des cadrages originaux et variés et une lumière très soignée.

    Publié par misterniku | février 8, 2017, 8:19
    • En effet, pas trop du même avis sur ce coup-là ! 🙂

      A l’exception de quelques rares moments, j’ai pour ma part trouvé la mise en scène assez banale et répétitive. Par contre, je comprends ce que tu veux dire concernant les thèmes traités. C’est vrai que j’en parle dans la critique mais ce ne sont pas de véritables défauts après tout. L’intérêt du film est effectivement ailleurs ! Contrairement à toi, j’ai eu du mal à m’identifier à Chiron, le personnage ne m’a jamais passionné. C’est peut-être pour ça que je suis moins rentré dans le film, et qu’au final je l’ai donc moins apprécié.

      Publié par Wolvy128 | février 8, 2017, 8:44

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